Des substances nocives dans les eaux de toilette ?

Les parfums sont-ils des produits nocifs perturbant la thyroïde et source d’allergènes ?

Depuis plusieurs années, la question se pose et certaines études pointent la présence de substances préoccupantes. Il est temps de prendre en compte les impacts de ces produits et d’alerter les consommateurs sur les possibles dangers de ces molécules. En effet, ce geste devenu banal de se parfumer est devenu aujourd’hui source de doute et d’inquiétude. Autrefois privilège d’une élite, le fait de se parfumer s’est généralisé dans la population. Certains appliquant le parfum directement la peau, d’autres vaporisant l’eau de toilette sur les vêtements en pensant éviter l’absorption de ces molécules.

Ainsi, une étude du magazine « 60 millions de consommateurs » parue en décembre 2019 sur 16 parfums et eaux de toilettes pointe la présence de certaines molécules suspectées de provoquer des allergies et d’agir comme perturbateurs endocriniens. En effet, pas moins de 22 substances allergiques ont été retrouvées par eau de toilette ou par parfum et certains de ces allergènes sont en plus soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens c’est-à-dire avoir une influence sur la production des hormones. C’est le cas notamment du BHT (butylhydroxytoluène), un agent de conservation et du butylphényl méthylpropional ou lilial, dont le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (CSSC) recommande l’interdiction.

Certains colorants employés dans de nombreux parfums sont également soupçonnés d’être cancérigènes-mutagènes-reprotoxiques. Cette étude a donc permis de réactualiser le débat sur la liste des ingrédients composants ces chers liquides parfumés en pointant les substances douteuses.

Des ingrédients douteux sur la sellette

Or, ces soupçons ne sont pas nouveaux et précédemment, une autre étude menée sur 36 parfums par Greenpeace en 2005, révélait que certains parfums renfermaient des substances potentiellement dangereuses pour la santé tels que des phtalates, substances cancérigènes connues.

Il est donc maintenant établi que ces belles effluves synonymes de luxe contiennent des produits nocifs pour notre santé et il suffit de lire la liste des ingrédients sur le paquet d’emballage pour se rendre compte qu’il n’y a peu voire rien de naturel dans ces produits. Du parfum à notre circulation sanguine, il est important de comprendre quelles voies empruntent ces substances qui se retrouvent dans notre organisme.

La peau, une barrière protectrice poreuse :

La peau est l’organe le plus étendu de notre corps constitué de plusieurs couches de tissus. La partie extérieure de la peau, la couche cornée, est composée de kératine. Cette dernière assure une bonne partie de la résistance à la pénétration de l’eau dans l’organisme mais est beaucoup moins efficace contre les composés organiques et les composés chimiques inorganiques. La couche de kératine contient des matières grasses et des composés lipidiques qui absorbent facilement les substances chimiques agissant comme des solvants facilitant leur passage. Les composés organiques et alcalins peuvent amollir les cellules de kératine dans la peau et pénétrer à travers cette couche jusqu’au derme, d’où ils peuvent passer dans la circulation sanguine grâce à de fins capillaires.

Illustration de la peau composée de l'épiderme, du derme et du tissu sous-cutané
La peau

Le degré de pénétration des composés chimiques dans la peau varie énormément. Certaines zones facilitent les passages notamment les zones plus velues. Celles-ci sont facilement pénétrées par les substances chimiques qui peuvent emprunter le petit conduit du pore par où passe la tige pilaire. Ces substances peuvent aussi pénétrer par les coupures, les piqûres ou les éraflures de la peau, qui forment autant de brèches dans la couche protectrice. La sécheresse et le craquelage de la peau, les lésions ou la desquamation sont des conditions qui affaiblissent la couche protectrice de la peau et peuvent laisser des substances chimiques pénétrer dans l’organisme. L’application répétée et souvent quotidienne de cosmétiques chargés eux-mêmes de composés chimiques, de détergents, de parfums ramollissent et sensibilisent l’épiderme plus propice à laisser passer ces substances.

Ainsi ces molécules ont plusieurs voies d’accès :

  • Elles passent par la voie transcellulaire en se diffusant de cellule en cellule, une voie privilégiée par les molécules hydrophiles.
  • Par la voie intercellulaire, ces molécules peuvent aussi passer dans le ciment interlipidique puis dans le liquide interstitiel dans lequel baignent nos cellules. Une voie privilégiée par les particules lipophiles.
  • Par la voie intercellulaire, elles peuvent également passer dans le ciment interlipidique puis dans le liquide interstitiel dans lequel baignent nos cellules. Une voie privilégiée par les particules lipophiles.

Cette barrière protectrice que constituent les cellules cutanées est par conséquent beaucoup moins étanche que l’on pourrait penser et des d’études viennent corroborer ce fait.

A titre d’exemple, une étude menée à l’Université de Berkeley en Californie par Kim Harley et Brenda Eskenazi publiée le 4 décembre 2018 dans la revue Human Reproduction montre les impacts des substances suspectées de perturber l’équilibre hormonal et notamment avanceraient la puberté des jeunes filles qui emploient des produits d’hygiène et de soins corporels.

Un autre exemple illustrant bien la porosité de la peau est l’utilisation efficace des patchs. Ces dispositifs médicaux permettent le passage de principes actifs dans la circulation sanguine via les différentes cellules constituant notre peau afin d’obtenir soit une action locale soit une action générale. On parle ainsi de voie transdermique ou percutanée. Les molécules médicamenteuses vont pouvoir agir sur notre organisme en passant par la peau moins étanche que l’on pourrait penser. Ces molécules chimiques non physiologiques, ayant rejoint la circulation sanguine vont ainsi perturber notre système immunitaire (allergies) et les glandes productrices d’hormones.

Les poumons, autre voie de passage des produits :

Bronchioles de poumons

En moyenne, une personne inspire et expire environ 12 fois par minute un volume d’environ 500 mL, soit 6 litres d’air par minute. Une vaporisation de parfum quotidienne autour de nous contamine dans cet air pendant quelques minutes. L’air contaminé passe ensuite dans la trachée qui se divise elle-même en deux gros tubes, les bronches souches. Chacune d’elles mène à un poumon, où elle se ramifie. À leur extrémité se trouvent des tubes très fins, les bronchioles, qui sont terminées par des sacs d’air à parois minces, les alvéoles. Il y a des milliers d’alvéoles dans chaque poumon; leurs parois sont très fines et il est possible que les très petites particules invisibles ne soient pas arrêtées par le mucus et atteignent finalement les alvéoles. Les particules solides qui n’arrivent pas à traverser la mince paroi des sacs alvéolaires peuvent s’y loger et y rester. Certaines d’entre elles peuvent être dissoutes et se retrouver dans la circulation sanguine.

Au final, les composés chimiques non physiologiques sont donc diffusés dans l’organisme grâce à la circulation sanguine générale soit par la voie cutanée soit par la voie respiratoire et viennent alimenter la charge toxique déjà présente en nous. Il est maintenant reconnu que notre organisme est pollué quotidiennement par des molécules toxiques diverses, provenant de différentes sources : adjuvants de vaccins, métaux lourds, additifs, conservateurs, herbicides, pesticides…

Des ingrédients allergènes et perturbateurs endocriniens

Prenons par exemple le cas du BHT. Le butylhydroxytoluène) ou E321 est un agent de conservation de synthèse dérivé du pétrole fréquemment employé dans l’alimentation et les cosmétiques. Ce produit permet d’assurer la stabilité des matières grasses. Il est soupçonné ces dernières années d’avoir un impact de différents types sur notre corps comme d’être responsables d’allergies. Le BHT peut également provoquer des réactions cutanées et des troubles du système reproductifs. Il est prouvé qu’une exposition à forte dose est toxique pour les animaux de laboratoire. Ses effets sont alors nocifs pour le système immunitaire, la coagulation du sang, porte atteinte à la glande thyroïde et aux reins. Des cancers ont été observés chez des animaux de laboratoire. Des recherches doivent encore être menées sur les humains.

La quantité de substances accumulées en question

Le BHT est interdit dans certains pays comme au Japon ou en Californie or il n’y a pas de restriction par l’Union européenne en termes de concentration dans les formules de cosmétiques. Côté alimentaire, seules des doses journalières admissibles (DJA) sont définies. Elles s’élèvent à 0,05 mg/kg de poids corporel pour le BHT.

Or, les fabriquant et un certain nombre d’experts s’accordent à dire qu’il y a très peu de risques que l’utilisation de ces antioxydants entraîne une absorption supérieure à la dose journalière admissible…Cependant, on peut craindre une réelle accumulation de la présence de cette substance au fil du temps par plusieurs sources alimentaires et cosmétiques qui contribuent à la charge toxique de l’organisme.

Le fait de se vaporiser des parfums tous les jours rajoutent par conséquent à cette longue liste d’autres types de molécules créant un joyeux mélange.

Mais qu’en est-il de l’effet cocktail ?

Il ne faut pas non plus oublier l’ « effet cocktail  » car pour l’instant nous ignorons quels sont les effets sur la santé humaine de l’interaction de ces différents molécules jusqu’à alors étudiées séparément. Face à l’augmentation des cancers et des troubles de la thyroïde ces dernières années, il est temps de se poser les vraies questions et d’engager les recherches sur toutes les toxicités qui nous empoisonnent au quotidien. L’idéal serait avant la mise sur le marché de ces produits appliqués directement sur la peau serait un processus d’homologation incluant une analyse des risques de ces produits et de leurs effets cocktails. Cela ne devrait pas plaire à tout le monde et surtout pas aux fabricants car ses analyses ont un coût et impactent la rentabilité des précieux liquides.

Comment faire pour se parfumer en échappant à ces molécules toxiques ?

Se parfumer est un geste agréable, qui participe à l’estime de soi et se passer de parfum pour certains parait insurmontable. Des alternatives apparaissent de plus en plus sur le marché. On peut en effet trouver sur le marché des eaux de toilettes et des eaux de parfum biologiques créées à base d’ingrédients 100% d’origine naturelle. La charte des produits cosmétiques biologiques interdit le recours à des agents de conservation ou antioxydants de synthèse. Bien que ne bénéficiant pas de l’image prestigieuse d’une marque luxueuse ni d’un marketing bien étudié, différentes sociétés de cosmétiques biologiques œuvrent à proposer une variété de parfums agréables. Ces liquides parfumés sont en plus généralement moins onéreux car une part beaucoup moins importante de budget est consacrée au marketing. Composer son propre parfum est une autre possibilité à base d’huiles essentielles en n’oubliant pas que les huiles essentielles sont des produits puissants qui peuvent être eux-aussi sources d’allergies et de toxicité. Il s’agit alors de ne pas composer son parfum au gré de ses envies mais en prenant de bons conseils.

Modération dans l’utilisation des produits suspects

En conclusion, il apparait bien que se parfumer au quotidien avec des molécules chimiques contribue à alimenter la charge toxique de notre organisme. Un contrôle avant la mise sur le marché de ces liquides pour prouver leur innocuité associé à une meilleure information du consommateur seraient indispensables. Cependant, dans le cadre de la prévention des maladies de civilisation, il semble important d’éviter de s’asperger au quotidien de ces produits en réduisant la fréquence, en évitant tout contact avec la peau et en réduisant le temps de vaporisation autour de soi et sur les vêtements. Aérer la pièce est également un bon geste. La meilleure des solutions étant de s’orienter vers des eaux de toilettes composées d’ingrédients naturels.

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